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Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques
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Sangore
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MessagePosté le: Lun 10 Mar - 22:02 (2014)    Sujet du message: Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques Répondre en citant

Voici la petite surprise que je vous prépare depuis quelque temps : j'ai réalisé tout spécialement pour ULTRAGORE une interview de l'équipe de TRASH ÉDITIONS, et pour accompagner ces propos, j'ai rédigé une critique de chacun des six livres parus jusqu'à présent dans leur collection TRASH. Enjoy !




TRASH ÉDITIONS : INTERVIEW


- Bonjour ! Commençons par les présentations. Quelles sont les différentes personnes qui travaillent pour Trash Éditions et quelles sont leurs fonctions respectives au sein de l’équipe ?

Bonjour Sangore, et merci pour ton intérêt à notre égard. En fait, Trash Editions est dirigé par Julien Heylbroeck et le joyeux drille dissimulé derrière le pseudonyme de Schweinhund. Outre le fait qu’on écrive tous les deux pour la collection, nous nous occupons aussi de tout ce qui est validation de projets, sélection de tapuscrits, relectures et corrections. Julien gère également le pôle logistique, et a déjà envoyé un sacré paquet de colis depuis juin dernier. Par ailleurs, nous nous répartissons la communication (auteurs et illustrateurs, clients, boutiques partenaires, fanzines et magazines, etc). Trash dispose notamment d’un site marchand, d’une boîte mail, d’un blog et d’une page Facebook. Nous essayons aussi d’être présents sur quelques salons. Ce n’est pas toujours évident de se trouver ainsi sur tous les fronts, mais c’est indispensable, d’autant plus quand on est totalement indépendant comme nous.
En ce qui concerne la partie graphique, elle est assurée de manière équitable par Vitta Van Der Vulvv et Willy Favre, qui ont chacun réalisé trois des couvertures de nos six premiers romans. Vitta a également créé le très beau logo de Trash. Ces deux brillants illustrateurs vont très bientôt être rejoints par le talentueux Jordan Henry, alias DeshumanisArt. Trois artistes complémentaires qui disposeront donc désormais de deux couvertures par an pour s’exprimer.
Quant à nos maquettes, elles sont réalisées par Robert Darvel, le big boss du Carnoplaste.


- Quand et surtout comment a germé l’idée de la création de Trash Éditions ?

L’idée a germé il y a deux ans d’une conversation entre Julien et moi. Nous déplorions le fait qu’aucune collection ne soit venue depuis vingt ans remplacer Gore et nous nous sommes dit : pourquoi ne pas prendre le taureau par les cornes ? A l’époque, nous envisagions seulement d’écrire, et pensions proposer une série de doubles-programmes à certaine maison d’édition. Mais tout s’est réellement accéléré en juin 2012 lorsque nous avons parlé du projet à Robert Darvel, et que nous avons décidé en définitive de tout faire par nous-mêmes. En résumé, frustration+prise de conscience+mise en commun des compétences+do it yourself = Trash.


- Vous vous posez en continuateurs de la fameuse collection Gore du Fleuve Noir. Du coup, parlons un peu de celle-ci. Quels sont les Gore que vous préférez ? Et au niveau des auteurs publiés dans la collection, je pense que vous avez des « chouchous », non ?

Je possède l’intégralité de la collection Gore, et mes auteurs préférés sont Shaun Hutson, Corsélien et Nécrorian. Je n’aurais jamais eu l’idée de fonder Trash sans leurs romans. Ces trois écrivains m’ont appris le sens du mot « viscéral », et restent pour moi des exemples.


- Avez-vous d’autres modèles, d’autres références, en dehors de la collection Gore ?

Beaucoup trop pour tous les nommer : il faudrait faire une interview spéciale « influences » ! Mais je vais quand même citer quelques auteurs et divers titres qui ont beaucoup compté durant la rédaction de mon roman. Alors voilà : Lautréamont, Peter Sotos, W.S. Burroughs, Christophe Siébert, le Frédéric Dard des Kaput et le Léo Malet de la Trilogie Noire. La belle nuit pour un homme mort, de Henri Vernes, et Le Festin des charognes, de Max Roussel, m’ont aussi marqué au fer rouge, mais je ne les ai lus qu’après avoir terminé Bloodfist. J’en oublie sans doute, mais l’essentiel est là. Le reste, c’est ma sauce perso pour lier tout ça.


- Pour l’instant, Éditions Trash = collection Trash. Avez-vous le projet de lancer une ou plusieurs autre(s) collection(s) ?

On aimerait bien. Plusieurs pistes sont à l’étude, mais il est trop tôt pour en parler. Nous souhaitons avant tout asseoir la réputation de Trash dans l’immédiat. Après une première année prometteuse, le plus dur reste à faire : confirmer l’essai et développer les ventes.


- Les premiers auteurs publiés chez Trash sont tous Français. Y a-t-il une volonté délibérée de proposer une collection « 100 % littérature française » ou bien y aura-t-il également des auteurs non francophones (anglo-saxons ou autres) ?

A priori Trash devrait rester à 100% francophone. Deux raisons à cela : on n’a pas les moyens de s’offrir des traductions et nous avons toujours préféré les romans Gore écrits par des Français. Nous estimons qu’ils étaient plus radicaux, et tenons beaucoup à cet héritage.


- Six livres édités à ce jour, en deux salves de 3 titres. Pensez-vous conserver ce rythme de sorties dans le futur ?

Jusqu’en 2015 inclus, oui, puisque notre planning de l’année prochaine est déjà bouclé. Ensuite, selon les ventes et les aléas de l’offre et de la demande, nous verrons s’il est judicieux ou pas de changer de formule. Mais pour l’instant elle semble assez adaptée.


- Vous avez déjà dévoilé un certain nombre d’infos sur vos prochaines parutions. Pouvez-vous faire le point ici, et éventuellement nous livrer une exclu ?

Trois nouveaux romans seront disponibles début avril à l’occasion du festival Zone Franche. Il s’agira de MurderProd, un Polar porno très dur et très noir signé Christian Vilà, fameux auteur de la collection Gore, qui va surprendre et révulser les plus endurcis de nos lecteurs. Nous accueillerons par ailleurs la première femme de la collection, en la personne de Nelly Chadour, qui signe avec Sous la peau un redoutable et très Barkerien « girls with guns ». Enfin, nous proposerons un roman de Julian C. Hellbroke intitulé Garbage Rampage, qui devrait combler de joie les fans de C.H.U.D., des Rats de Manhattan et de Frank Henenlotter.
Ensuite, cet automne, nous publierons trois titres supplémentaires. L’un d’entre eux sera un inédit de Brice Tarvel, qui, après nous avoir offert sur un plateau Silence Rouge, va revenir avec un petit bijou intitulé Charogne Tango. Quant aux deux autres, c’est une surprise…


- Souhaitez-vous adresser un petit mot aux membres d’Ultragore ?

Avec plaisir. Ultragore première époque était un forum exceptionnel. Et nous sommes très heureux de constater que malgré l’adversité une poignée d’irréductibles est résolue à persister. Alors continuez le bon boulot, le plus longtemps possible, et vous finirez bien par attirer de nouveaux freaks avides de chair fraîche. Vraiment, c’est tout le mal que Trash vous souhaite.


- En tout cas, merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions. Je souhaite de tout cœur une longue et belle vie à Trash !
Merci à toi pour ton soutien enthousiaste et ta passion indéfectible pour le rouge qui tache.



COLLECTION TRASH : CRITIQUES DES LIVRES

- NECROPORNO

Ce tout premier livre de la collection Trash frappe fort avant même d’être ouvert : en effet, l’illustration de la couverture, signée Willy Favre, est particulièrement gore, dégueulasse, une de ces couvertures qui font leur petit effet exhibées dans les transports en commun, par exemple (faut vraiment bien assumer ses goûts déviants pour oser sortir son bouquin en public) ! Le logo « Trash » rappelle volontairement celui de la défunte collection Gore du Fleuve Noir. Au-delà du visuel, le but avoué de rendre hommage à ladite collection et de se poser comme continuateur de celle-ci est atteint : les descriptions gore de Nécroporno vont très loin dans le vomitif et la cruauté et n’ont ainsi rien à envier à celles que l’on trouvait dans les Gore. De plus, comme l’annonçait le titre, gore et sexe s’y trouvent étroitement mêlés, ce qui était régulièrement le cas dans les Gore. On peut par ailleurs s’amuser au jeu des réminiscences : par exemple, l’invasion d’insectes particulièrement agressifs fait penser à celle qui sévissait dans Le fléau sanguinaire de David Loman (Gore n° 31). Toujours dans l’optique de l’hommage, les clins d’œil directs et explicites que fait Robert Darvel (exemple : « Un type nommé Nécrorian me demande si le mot éventration a déjà été utilisé », p. 96), s’ils font sourire, paraissent un brin artificiels dans le cours de l’histoire. En tout cas, la filiation est là, claire, nette et revendiquée.

Dans Nécroporno, une épidémie de choléra très virulente se propage au sein d’une ville bretonne, doublée d’une invasion de mouches et autres insectes charognards, les deux phénomènes étant liés. Ce double fléau rend les gens atteints complètement fous : avant de mourir, ils sont pris d’une transe « nymphomaniaque » au cours de laquelle les pires atrocités sont commises. Cela nous vaut des tableaux apocalyptiquement trash, dignes d’un Braindead :

« Une coulée de débris humains sortait comme d’un hachoir du toboggan en spirale, corps venant s’entasser en un agglomérat digne [d’]une coulée de boues sur les favelas, là-dedans, les rares personnes encore vivantes se noyant sous les chairs putréfiées, bassin rendu fosse commune moussante de vermine [...] » (p. 103) ;

« une jeune fille de quinze ans, boyaux en fourragère sur l’épaule, se dressa et offrit à l’aïeul un cul digne de Druuna, peau des reins ôtée qui dévoilait ses vertèbres, sa fragile et mince colonne vertébrale affleurant de sa raie culière, os dépiautés, taraudés par une cohorte chitineuse, qui se brisa net sous l’ardeur qu’elle mit à vouloir se faire foutre et bascula, entraînant avec elle boyaux et organes le long des lambeaux luisants de ses lombaires » (p. 132).

Vous rêviez d’une monstrueuse partouze ultra gore ? Robert Darvel l’a écrite pour vous !
En passant, on est frappé par la manière dont l’auteur traite ses personnages : pas de pitié, pas d’empathie, ceux-ci ne sont que de la chair à canon destinée à être mutilée le plus atrocement possible pour son grand ouvrage sanglant.

Un petit plus apprécié : chaque chapitre est introduit par une brève citation provenant d’une vieille publication savante. Ces phrases nous renseignent sur le nom et l’ordre des insectes nécrophages qui arrivent sur les cadavres. Comme ce qui est expliqué dans le film Phenomena de Dario Argento. Une manière originale et appropriée de ponctuer la progression de l’histoire, donc de la contamination.

Au rayon des reproches, on regrettera un style qui a trop souvent tendance à taper dans un registre familier et cru (notamment quand il s’agit de sexe). Par ailleurs, la petite partie caricaturant une conversation entre adolescents (pp. 105 à 111) est irritante. S’agit-il une petite rajoute pour arriver au nombre de signes/pages souhaité ?

Quoi qu’il en soit, Trash commence fort dans le gore. On a enfin trouvé un digne descendant des Gore des années 80. Et ça, ça fait sacrément plaisir ! Depuis le temps qu’on attendait !



- PESTILENCE

Si l’histoire de Necroporno se déroulait de nos jours, celle de Pestilence, signée Degüellus, a pour cadre, elle, un Moyen-Âge ravagé par la peste noire. Un lien évident se dessine entre ces deux premiers Trash : celui de l’épidémie virulente aux conséquences physiques particulièrement dégoûtantes. L’illustration de couverture est cette fois l’œuvre de Vitta Van Der Vuulv (ils ont le chic pour les pseudos bizarroïdes, chez Trash !), moins cradingue que la première, mais agréablement cauchemardesque, très boschienne.

Pestilence nous plonge donc en pleine époque médiévale. Un médecin itinérant, radié de sa guilde, arrive à Saint Ragondard, village où commence à se répandre une variante inconnue et très agressive de la peste noire. Une famille de Juifs, boucs-émissaires de la population locale, est brûlée au bûcher, mais ce n’est pas cela qui va stopper le fléau. L’homme de science, proposant son aide au baron qui règne sur ces terres, va faire son possible pour contenir l’épidémie et va mener son enquête pour en déterminer l’origine, plus mystérieuse qu’il n’y paraît de prime abord. On est plongé dans ce monde, on est happé par l’histoire, on n’a pas envie de lâcher le livre et on n’a pas envie non plus que ça se termine ! Degüellus fait preuve d’un talent de conteur certain. Son style est agréable, vivant, adapté au cadre historique, avec quelques expressions archaïsantes et néologismes assez savoureux, sans en faire trop de ce côté-là. Comme dans un roman policier, le mystère est bien entretenu ; on est curieux de connaître le fin mot de l’histoire. Les lieux où se déroule l’action sont propices à ce climat : petite bourgade, château, marécages, vieux monastère… Les personnages, quant à eux, ne manquent pas de truculence, comme l’attachant nain dresseur d’ours, le gros baron qui se fait fort d’organiser une orgie alors que la maladie fait rage, et même le héros n’est pas aussi … qu’on pourrait le croire au départ. Enfin, les ravages de la maladie et la barbarie de l’époque donnent lieu à des descriptions gore délicieusement vomitives. On n’est pas lésés du tout de ce côté-là non plus ! Illustrations :

« D’abord, il ne se passa rien. L’enfant semblait bercée par les flammes. Puis Bernard vit le visage de la petite s’embraser. Sa peau rougit et craquela. L’œil gauche prit une teinte verdâtre puis coula en bouillonnant tandis que les lèvres éclataient sous la chaleur. » (P. 7)

« L’œil gauche disparaissait sous une énorme cloque putride dont s’échappait une coulée de pus brunâtre. Le nez était tombé, laissant un orifice à vif, au pourtour rosacé recouvert d’un mucus glauque contournant les lèvres constellée de bubons, figées en un rictus de douleur. » (P. 29)

« L’homme, un brun au sommet du crâne dégarni et aux tempes frisées, aux bras épais, tentait, à genoux, de retenir les serpents couleur de chair qui s’échinaient à respirer l’air humide du dehors. Les intestins se glissaient hors de ses doigts rendus poisseux par l’hémorragie et coulaient jusque dans les flaques où ils flottaient un instant, répandant autour d’eux un nuage cotonneux écarlate. L’éventré poussait de petits cris brefs, aigus et désespérés, au fur et à mesure que sa tripaille s’éparpillait. » (P. 52)

Bref, Pestilence, c’est que du bonheur !


- BLOODFIST

Nouveau changement radical d’univers avec Bloodfist de Schweinhund. Avec ces trois premiers titres, la collection Trash se montre jusqu’à présent très variée. Les livres se suivent et ne se ressemblent pas. Bloodfist se passe de nos jours. Le début nous brosse les étapes marquantes de la jeunesse du héros, psychopathe de son état, pour expliquer comment il en est arrivé à être ce qu’il est. L’auteur réussit de manière tout à fait exceptionnelle à nous plonger dans la psyché torturée de ce personnage fascinant. Parallèlement, il y a des chapitres où deux policiers, aux méthodes plus que discutables, pistent le héros et certaines personnes qui sont d’une certaine manière liées à lui. Mais en fait, raconté comme ça, ça ne donne pas du tout une idée exacte de ce qu’est ce roman. Celui-ci est difficilement racontable. Le principal repose sur le style de l’auteur, tout à fait singulier. Schweinhund cultive les jeux de mots, il joue avec le langage de manière remarquable. (« Mais je presse le bubon « pose », par-delà le bien et le mâle » (p. 71) ; « «Au passage avide, je puise dans ma tragique insuffisance » (p. 74)). En ce sens, il s’agit d’un Trash très littéraire, très atypique pour un roman gore. Une place importante est accordée aux dialogues entre le protagoniste et un étrange gourou. Ceux-ci tirent le roman vers quelque chose de quasi philosophique. Positivement étonné par cette orientation, on se demande vers quoi tout ça va nous mener. Intriguant, déroutant, Bloodfist se démarque de la littérature horrifique habituelle pour emprunter des chemins de traverse, sans pour autant en oublier l’aspect dur, sombre, violent et sanglant du genre :

« Leurs boyaux pendaient comme de gros serpents grisâtres le long de leur torse jusqu’à couvrir les visages de leur masse spongieuse. Combattant ma répulsion, je m’approchai des suppliciés et écartai leurs intestins corrompus afin de distinguer leurs traits. Déformés par le sang qui s’y était accumulé, les faciès des martyrs étaient figés dans une grimace d’horreur qui les faisait ressembler à de vieilles momies desséchées. » (P. 106)

Une écriture abstraite qui ne néglige pas les détails concrets bien trash, une écriture presque schizophrénique. Hallucinée :

« Un magma de viande grise et tiède. L’homme-seringue s’entrouvre, il a une haleine de poubelle, sa langue est une aiguille qui s’insinue entre mes lèvres… Alors je serre les dents de toutes mes forces, je mords jusqu’à ce que j’entende un hurlement, je serre et serre encore. […] Sa bouche est l’utérus cosmique d’une négation chimique… Des embryons sous vide, dans des sachets blancs, explosent en projetant une bouillie de viscères dévorés par une colonie de mouches à merde. » (P. 89)

Un trip, une expérience littéraire peu commune. Une belle réussite ! La collection Trash a décidément plus d’un tour dans son sac !


- SILENCE ROUGE

Brice Tarvel dépoussière son roman Silence rouge, initialement paru dans la collection Angoisse de Fleuve Noir, pour cette réédition chez Trash. Après Pestilence et surtout Bloodfist, Silence rouge apparaît comme plus classique. Tout est relatif, bien sûr : ce n’est pas tous les jours que l’on croise des allumés comme ceux qui sévissent dans cette histoire !

Une jeune femme trouve la tête (oui, seulement la tête) de sa sœur dans la chambre de celle-ci, alors que la pauvre victime écoutait, insouciante, de la musique violente le volume à fond l’instant d’avant. Sous le choc, elle se jure de mettre la main sur le ou les assassin(s) de sa cadette et de la venger. Elle sera épaulée par son ami, qui la suivra jusqu’au bout, malgré les dangers auxquels ils seront confrontés.

L’idée de base, c’est-à-dire le pourquoi des meurtres sauvages, paraît plutôt improbable. Pas qu’on ne comprenne pas la raison, mais c’est davantage l’ampleur que ça prend, l’organisation, qui, disons, étonne, voire laisse perplexe. En ce qui concerne le gore, il est moins abondant que dans les autres livres lus jusqu’ici, même s’il est quand même présent. Avec ce passage fou, par exemple :

« La combinaison de cuir n’offrit aucune résistance. Elle fut lacérée en quelques secondes comme un vulgaire papier d’emballage et les clous métamorphosés en dents de scie pulvérisèrent les sous-vêtements avec encore moins de difficulté. Quand ils mordirent dans les organes sexuels, les cris de Petit-Vévé redoublèrent, mais le vacarme du moteur les couvrait, de sorte qu’on ne les devinait qu’à cette bouche béante qu’enguirlandaient des filets de salive. Arrosant copieusement la victime et ses bourreaux, un sang écarlate se mit à jaillir dans toutes les directions. » (P. 94).

Silence rouge se lit avec plaisir, sans être le Trash le plus mémorable.


EMORAGIE

Degüellus, Schweinhund et maintenant Brain Salad : oui, décidément, chez Trash Éditions, on aime les pseudonymes zarbis ! Mais parlons plutôt d’EmoRagie… Une pioche gagnante, une fois encore ! Ce qui commençait avec ce que l’on identifiait un peu vite comme un vague relent lovecraftien s’avère bien davantage être une histoire barkerienne. Au rayon des influences, on sent par ailleurs, notamment au travers de la structure et de la caractérisation des personnages, que l’auteur est fan de jeux de rôles. Il s’agit même plus que d’une influence de l’univers rôliste, car il semblerait que ce roman constitue un point de départ pour un nouveau jeu de rôles qui devrait être lancé cette année…

En tant que « point de départ », EmoRagie pose les bases de l’univers qui sera exploré, avec ses règles propres et ses personnages présentés. C’est un univers peuplé de monstres improbables, de personnages marginaux, dont l’héroïne, une jeune punk-émo ayant pour hobby l’enregistrement de sons insolites en vue de composer des morceaux de musique expérimentaux, plein de « magie » et de chair malmenée. Le gore n’est pas en reste :

« Quand la voiture parvint à River Road, le dos de la jeune femme était pelé jusqu’à l’os et son squelette se désagrégeait sur l’asphalte. Un marquage grenat suivait l’automobile, dans l’indifférence générale, pendant que les organes étaient éparpillés sur la route. Au niveau de Ripple Road, après un lacet un brin serré, le bassin de la jeune femme céda en percutant un panneau de signalisation. Ses jambes furent expulsés sur une bande d’arrêt d’urgence » (pp. 38-39).

« L’appartement n’avait plus grand-chose à voir avec un logement. Il s’apparentait davantage à un énorme abattoir, une large pièce carrée, décorée de faïence et de carrelage usés. Des carcasses humaines pendaient à des crochets rouillés. Comme elles étaient tranchées dans le sens de la longueur et emballées dans des bandes de plastiques, on ne pouvait déterminer s’il s’agissait de vrais corps ou d’illusions. Le cadavre d’une gamine reposait sur un plan de travail, pendant qu’un géant à tête de taureau la fendait en deux d’un coup de hachoir » (p. 99).

Même si les influences sont là, le roman de Brain Salad trouve sa propre voie et fixe ses propres règles. Il propose un monde cohérent qu’on découvre avec plaisir, avec quelques bonnes idées surprenantes. Question surprise, on est servi, par exemple, avec ce qui arrive entre les pages 38-39 et 41. Ce n’est pas dans tous les livres qu’il arrive ça à un tel personnage !

On verrait bien l’univers d’EmoRagie décliné sous différentes formes : en plus du jeu de rôles annoncé, pourquoi pas une ou des suites en livres et même des BD ? En tout cas, il y a là du potentiel !


NIGHT STALKER

C’est Zaroff qui signe ce sixième Trash. Celui-ci se situe bien dans la lignée des bons vieux Gore. D’ailleurs, il est dédicacé à Nécrorian (décidément l’auteur fétiche de la Trash team !). Un tueur taré, des meurtres crapuleux mêlant sexe et gore (il y a de la gérontophilie, du viol d’handicapée physique, du bébé empalé… Zaroff ne recule devant rien !), des policiers sur le coup… Et pour parfaire l’illusion, l’histoire se déroule dans les années 80.

Le tout est rythmé par les paroles de la chanson « Night Prowler » d’AC/DC. Night Prowler, Night Stalker… Pas besoin d’un dessin ! Le célèbre groupe de heavy metal n’est pas juste cité pour faire beau, il est au contraire bien incorporé au récit : cela tourne autour de l’obsession particulière qu’a Richard pour ledit band. Il faut savoir que l’auteur s’est inspiré du vrai tueur en série Richard Ramirez (1960-2013), condamné pour 14 meurtres et 11 viols et autoproclamé satanique et fan d’AC/DC. Fiction et réalité sont donc entremêlées, ce qui donne un caractère dérangeant à l’ensemble. L’importance accordée à la dimension musicale est l’un des aspects qui donnent sa singularité à cette histoire somme toute assez classique dans le fond. La plongée dans les années 80 californiennes, qui n’est pas du tout pour nous déplaire, amène aussi un certain cachet. Et puis les meurtres scandaleux qui parsèment ce sympathique roman font leur petit effet…

« Le jeune homme se vida à grands jets sur les chairs molles, puis son bras décrivit un geste latéral rapide. Le corps tressauta sur le lit, tel un cheval sur le point d’être dompté. La gorge de la vieille dévoila, en se déchirant, une nouvelle bouche obscène. Un sang visqueux inonda le matelas et projeta sur le mur un geyser écarlate. » (P. 10)

En bref, il n’y a rien à jeter dans ces deux premières fournées (2 X 3) de Trash. Il y en a qui frappent plus fort que d’autres, certes, mais tous méritent le coup d’œil. Une bien belle collection débute. Pourvu qu’elle dure longtemps et s’enrichisse de très nombreux titres ! Vivement les prochains ! Longue vie aux éditions Trash !

MISE À JOUR DU 07/10/2014 : MISE EN LIGNE DES CRITIQUES DE MUDERPROD, SOUS LA PEAU ET GARBAGE RAMPAGE

MURDERPROD

En bons fans de la défunte collection Gore que nous sommes, nous nous souvenons de Clip de sang, de L’Océan cannibale et de La Mort noire de Christian Vilà. Ce dernier est de retour, sous le pseudonyme de Kriss Vilà. Il ne se cache pas, on le reconnaît, mais il apporte une nuance au niveau du prénom. Continuité, car nous sommes toujours dans le gore, mais petite différence, peut-être pour faire plus contemporain et pour marquer une radicalisation. Car, oui, MurderProd est encore plus dur que ses romans parus chez Fleuve Noir ! Déjà que les Gore ne faisaient pas dans la dentelle…Je vous laisse imaginer celui-ci !

Avec ce roman, Vilà dépeint un univers terriblement glauque, très dur, violent, où toute pitié est absente. Glaçant. Et le pire, c’est que c’est un univers réaliste. Point de surnaturel ici, point de monstres. Ou disons que les monstres, ce sont les humains. On n’est pas loin de la réalité, et c’est ça qui fait peur. L’intrigue suit un jeune reporter prêt à tout pour monter dans la hiérarchie. Les reportages crapuleux, il connaît ça ! Mais quand il apprend que son frère s’est fait enlever par une organisation criminelle spécialisée dans les tournages de films pornos très spéciaux, là, il ne rigole plus ! Dans MurderProd, il est ainsi question de viols, de zoophilie, de sadomasochisme extrême, de snuff movies,… Une immersion dans le monde du porno clandestin dans ce qu’il a de plus malsain. À certains égards, on pense un peu aux films serbes A Serbian Film et The Life and Death of a Porno Gang.

De manière très logique, l’auteur adopte un style cru (vu qu’il est question de cul déviant), et moderne (car il parle d’une des dérives de notre société actuelle, avec ses médias toujours plus voyeuristes, sensationnalistes et malsains, son Internet renfermant tellement de choses plus que douteuses, sa pornographie toujours plus inhumaine…), décrivant froidement et implacablement une somme impressionnante de sévices sexuels et autres abominations. Question modernité, impossible de passer à côté du fait que Vilà s’ouvre à certaines minorités, car il est énormément question d’homosexualité, de travestissement, de transgenrisme etc. dans cette histoire. On n’est pas si habitué que ça de trouver cette dimension aussi prégnante dans une œuvre non ciblée public gay.

Petit extrait :
« Le milicien décapite la femme violée à coups de machette, soulève son corps qu’agitent les derniers spasmes et le superpose à celui de Breuil, qu’il force à la pénétrer. Horrifié, le visage en sang, David sent son érection durcir au contact des muqueuses souillées. L’autre braque sur lui sa propre caméra.
- Tu vois, charognard de journaliste, tu es encore pire que nous… » (Quatrième de couverture, qui cite la p. 116)

Ce retour au gore de Christian Vilà fait donc plaisir. Il signe là un livre qui ne laisse pas indifférent, un livre qui remue, bref, il frappe fort ! Cette troisième fournée de Trash commence bien !

Notons que l’illustration de couverture est cette fois-ci l’œuvre de DeshumanisArt, alors que les précédentes étaient signées soit Willy Favre, soit Vitta Van Der Vulvv. Une diversification des illustrateurs, donc, mais qui ne nuit en rien à la grande cohérence graphique de l’ensemble.


SOUS LA PEAU

La jeune Nelly Chadour propose une histoire pleine de mutilations, de fanatisme religieux, de pédophilie, où une bande de motardes, les Hell’s Whole, adeptes de scarifications extrêmes et de metal sont confrontées à deux dangers : d’une part, un gourou sadique entouré de sa clique de jeunes sous son emprise, d’autre part, une star de la scène metal qui s’avère ne servir que d’enveloppe charnelle à une entité insectoïde monstrueuse.

Comme l’indiquent le titre et l’illustration de la couverture, ce qui est mis le plus en avant dans ce roman, c’est la maltraitance cutanée, qu’elle soit volontaire – le héros est tatoueur et ne rechigne pas à pratiquer des opérations-spectacles transgenres – ou subie contre son gré – les insectes démoniaques qui s’insinuent dans les corps, les punitions à base de crochets tirant les chairs infligées par le gourou fou.

Il y a un léger petit parfum des Âmes perdues de Poppy Z. Brite dans la description de ce groupe de marginaux qui sillonnent les routes (sans qu’il soit question de vampirisme ici), avec un zeste de Hidden avec ces parasites malveillants qui passent d’un corps humain à l’autre. La touche « Trash » est bien là : les diverses mutilations sont nombreuses et suffisamment détaillées. Mêlées à ça, certaines déviances sexuelles (comme la pédophilie déjà citée) y sont présentes. Ce qui accentue l’aspect trash, bien sûr.

« La nausée laissa place à une douleur atroce entre ses cuisses quand les insectes qui se déversaient de la braguette de Lord Vermin s’en prirent à son vagin et à son anus. À coups de mandibules frénétiques, ils dévorèrent cet hymen qu’elle avait préservé pour un grand moment. Les insectes frottèrent leur ventre jaunâtre sur son visage, s’introduisirent de force dans ses narines, déchirèrent les paupières pour se repaître de ses yeux » (pp. 36-37).

Chaque chapitre est explicitement dédié à une personnalité (par exemple : Clive Barker, Trent Reznor, Alejandro Jorodowsky,…) et joue le jeu des clins d’œil. Qu’on peut s’amuser à identifier… Ce qui donne une dimension presque ludique à la lecture.

Enfin, notons que ce n’est pas si courant que ça de trouver une femme comme auteur de roman gore. On se réjouit donc de l’arrivée de Nelly dans la collection Trash et on espère qu’elle persévérera dans cette veine !


GARBAGE RAMPAGE

Avec Garbage Rampage de Julian C. Hellbroke, on a plus que jamais l’impression de lire un bon vieux roman de la collection Gore. Se rappellent à notre souvenir des titres tels que La Mort visqueuse de Shaun Hutson et sa suite, La Nuit des vers voraces de John Halkins, Cauchemar à Staten Island de Gilles Bergal ou encore Vrilles ! de Simon Ian Childer… L’atmosphère particulière de certains films d’horreur d’attaques animales/monstrueuses dans les souterrains des années 80 est très bien restituée, et l’on ressent ainsi le même plaisir que l’on avait devant C.H.U.D. (Douglas Cheek, 1984) et La Créature du cimetière (Ralph S. Singleton, 1990), par exemple. Ces deux films en particulier semblent être les influences majeures de l’auteur pour le présent récit, en plus de l’influence littéraire évidente qu’est le cycle des Rats de James Herbert, écrivain auquel Garbage Rampage est dédié.

Il est ici question de rats mutants. Avec, comme autres personnages, des clodos, des industriels pourris, une flic black flanquée d’un collègue blanc raciste pour mener l’enquête, puisque, bien sûr, les bestioles sèment les cadavres derrière elles, une employée de l’Agence Américaine de Sécurité Alimentaire, plus quelques perso « chair à pâtée ». L’auteur privilégie des décors crasseux, au premier rang desquels on trouve les égouts et les quartiers mal famés du New York des années 80. Et on s’en délecte ! Petite parenthèse : si dans la vraie vie, les New-yorkais se réjouissent sûrement que les autorités ont, entre-temps, rendu leur ville plus propre, plus sûre et donc plus habitable (c’est ce qui se dit, en tout cas), l’on regrette, pour ce qui est des fictions, ces cadres urbains interlopes si particuliers qui donnaient un réel cachet aux histoires trash (notamment cinématographiques) qui se déroulaient là-bas (pensez par exemple aux premiers films de Frank Henenlotter). Il y avait quelque chose à l’époque qu’on ne retrouve plus aujourd’hui… On comprend dès lors ce choix judicieux de Julian C. Hellbroke de situer son récit au début des années 80. Et on s’en réjouit.

Petits extraits :
« Entourés de tas de chairs flasques gorgées de sang et de fluides séchés, le cadavre, vêtu et casquetté de cuir, gisait désarticulé, entamé ici et là par des morsures qui avaient ôté de larges parcelles de muscles. Les tendons et les articulations, à vif et luisants, brillaient dans la pénombre. Le visage de l’homme, un Noir moustachu d’une quarantaine d’année, affichait une expression d’horreur pure.
[…]
Gamble Farley promena son regard sur les environs. Brookdale Street, une petite rue rejoignant deux avenues du Sud du Bronx, partiellement bouchée par plusieurs sacs poubelles comme autant de monticules puants, sommets escaladés à intervalles réguliers par des colonnes de cafards. Des grilles au sol s’échappaient des corolles de fumées odorantes, chargées tantôt de lessive tantôt de senteurs de graillon. » (P. 12)

On patauge dans la fange avec les personnages et on aime ça. Crasse, sang et mutations font bon ménage dans Garbage Rampage.

Le personnage principal, Gamble, femme-flic afro-américaine, originaire du Bronx, est un personnage fort, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle tient tête à son collègue, et elle a plutôt intérêt, vu le gaillard que c’est… Au sujet des dialogues, l’auteur s’amuse à insérer quelques mots anglais familiers (exemple : « l’enquête se corse, dudes ! », p. 28, « Holy fuck, ces salauds vont m’entendre » p. 49), ce qui renforce l’illusion d’être dans un film américain. Cependant, quand on y pense, ce n’est pas très logique, puisque l’action se déroulant à New York, tout devrait être en anglais, et donc tout devrait être fictivement traduit en français. Mais on chipote !

L'ensemble se dévore avec gourmandise !

En conclusion de cette nouvelle salve, on peut dire que Trash s’affirme en collection indispensable à l’amateur de gore. On a hâte de lire les prochains livres !

MISE À JOUR DU 01/05/2015 : MISE EN LIGNE DES CRITIQUES DE CHAROGNE TANGO, NUIT NOIRE ET MAGIE ROUGE

CHAROGNE TANGO

Deuxième roman que Brice Tarvel publie chez Trash Éditions, Charogne Tango s’inscrit parfaitement dans la tradition gore. Le récit colle aux basques d’un homme misogyne attiré par le meurtre qui décide de franchir le pas en réalisant ses fantasmes sanglants. Alors que d’autres Trash baignaient dans le hard rock et le metal (Night Stalker, Sous la peau, les premières pages de Silence rouge), la particularité de ce livre-ci est, comme le suggère son titre, d’aborder l’univers du tango. Une certaine originalité par rapports aux clichés liés au genre. Le personnage principal, Gonzalo, est d’origine argentine (comme le tango), il possède une collection de vinyles de tango, il est bon danseur et, surtout, son modus operandi consiste à repérer sa future victime – toujours des dames – dans les milongas (les établissements spécialisés où l’on danse le tango), à l’approcher et la charmer grâce à sa belle maîtrise de la danse, puis à s’éclipser discrètement du lieu avec elle pour pouvoir la dépecer à loisir. Cependant, à chaque fois, les choses ne vont pas se passer comme il le pensait… C’est là tout le sel de cette histoire. Ses plans contrariés et également les rencontres improbables qu’il va faire…

On trouve plusieurs points communs entre Charogne Tango et Silence rouge. Il y en a un particulièrement frappant : l’idée d’un mystérieux club ultra secret. Brice Tarvel semble aimer ça ! Moins atypique, mentionnons aussi le principe du couple qui vit différentes aventures. Le couple est déjà formé quand l’histoire débute dans Silence rouge. Dans Charogne Tango, on assiste à sa formation en cours de route, et son charme vient de son côté improbable.

Le héros croise plusieurs personnages qui valent le détour : une jeune femme surnommée Patchouli possédant un don de clairvoyance, une grosse clodo qui passe ses journées calée dans une bergère, une arbalète à portée de mains, à l’affût des intrus, et un intriguant inspecteur qui n’a pas l’air décidé à coffrer Gonzalo. On aurait bien envie de recroiser certains de ceux-là dans une suite. Surtout Patchouli, qui présente un attachant mélange de fraîcheur et de dinguerie.

Les lieux sont aussi intéressants. Tarvel joue notamment sur le contraste entre les milongas, que l’on imagine plutôt distingués, et le terrain vague miséreux où vivent Patchouli et Mouma l’obèse. En particulier, ce quartier, avec cette ancienne casse de voitures, ce hangar, ces tôles, cette vieille caravane, ces tas d’ordures, ces wagons au rebut, ces maisons abandonnées, ces tags, ces objets de démolition, ces délinquants et ces SDF, a quelque chose de fascinant et fait ressurgir dans notre tête des images du film Street Trash (avec sa fameuse casse à bagnoles) et, sur un plan littéraire, rappelle aussi un peu les décors de Décharges de Jean Viluber (Gore n°93). On aime pareils décors sur UltraGore !

Avec Charogne Tango, Brice Tarvel s’est amélioré par rapport à son précédent livre de la collection.


NUIT NOIRE

Pour rappel, Nuit Noire a d’abord été diffusé sur Internet par son auteur sous forme de feuilleton à suivre, puis il est devenu un livre édité par Rivière Blanche, éditeur pour lequel Christophe avait ajouté pas mal d’éléments à son histoire afin d’atteindre le nombre de pages requis (ce livre-là est entretemps épuisé), et nous voici enfin à la version Trash, où les ajouts pour RB ont été expurgés. Nous sommes donc face à un texte qui a été retravaillé de nombreuses fois, sans doute plus que la moyenne. Alors, a-t-on affaire ici à la version ultime ?

Fini l’alternance entre les chapitres à la première personne qui retracent la vie du psychopathe et les chapitres à la troisième personne où l’on suit un homme, Gerlan, qui se réveille amnésique au beau milieu de nulle part et qui va essayer de reconstituer le puzzle. Nuit Noire de chez Trash est entièrement centré sur l’évolution du tueur pervers. Ce que l’on perd en mystère, on le gagne en fluidité. En effet, dans la précédente édition, lorsque le récit numéro 1 s’interrompait brusquement et que l’on passait au récit numéro 2, cela déroutait, intriguait, et ces chapitres consacrés à Gerlan étaient basés sur une énigme (que s’est-il passé, précisément ?) et sa résolution, tout en induisant chez le lecteur un autre mystère à éclaircir : quel était le lien entre les deux récits, comment allaient-ils se rejoindre ? Fini maintenant tout ce côté intriguant, mystérieux. Plus d’interruptions, d’alternance. La structure est maintenant plus linéaire, mais cette ligne, cette pente vers le toujours plus sordide, est suffisamment fascinante pour nous scotcher. La lecture se fait d’autant plus fiévreuse. L’accumulation et la gradation des perversités et des atrocités sont encore plus flagrantes, plus étourdissantes. Scatologie, automutilation, inceste, meurtres d’animaux, viols, assassinats, nécrophilie,… : rien ne nous est épargné, tout est décrit avec les détails les plus crades. Nous sommes immergés au plus profond de cet esprit abject. C’est comme si l’auteur voulait enfouir notre esprit sous une montagne de saletés. On a vraiment l’impression d’en sortir souillés.

Nuit Noire est un roman très sensoriel. Dès les toutes premières lignes, on est happés dans un monde d’odeurs peu ragoûtantes :
« Mes plus vieux souvenirs sont des odeurs d’aisselles et d’autres parties de mon corps. J’adorais ça. […] Je restais des heures dans un carton à écouter mon père et ma mère picoler et discuter de façon de plus en plus incohérente. J’aimais ce carton, je m’y sentais chez moi. » (P. 9)
« Très tôt, j’ai respiré ma merde. » (P. 10)
« J’ai observé la mouche pendant un long moment puis je l’ai écrasé entre mes doigts. Je me souviens de la sensation exacte, l’abdomen transformé en purée jaunâtre et humide contre ma peau, le reste du corps écrabouillé aussi mais plus solide. » (P. 12)
« L’odeur de ma sueur m’envahissait et se mêlait aux senteurs de terre et de compost qui m’entouraient. J’étais bien. Je me suis agenouillé à côté de la dépouille. Des fourmis marchaient sur ses yeux et sur sa langue. Son parfum était plus fort que quelques jours auparavant. J’ai passé toute la journée à le toucher, à le respirer, à enfoncer mes mains au fond de sa gorge, à humer sa gueule, sa peau ses organes génitaux, son anus. J’ai promené mes narines partout sur lui. (P. 23)

Odorat, ouïe, toucher,… Les différents sens sont conviés, et cela rend la lecture d’autant plus immersive. Certaines de ces pages donnent un peu l’impression d’avoir affaire à une espèce de Parfum de Patrick Süskind version Trash.

Les expériences du protagoniste sont très fortes. Le roman atteint ainsi une dimension mystique à travers elles. Le gamin, puis l’homme (puisqu’on le suit de son jeune âge à un âge adulte) a ses rites, a son sanctuaire qu’il s’est construit, fait des sacrifices (d’animaux et autres), vit des moments de véritable transe au cours desquels il a des visions, et a ses propres démons, regroupés sous le nom générique d’Anteros. Rêves, fantasmes et visions se mêlent et en résultent des pages complètement hallucinées.

Il faut enfin aussi souligner la dimension sadienne de Nuit Noire. Ce n’est pas simplement le fait que le héros est sadique (ses « jeux » avec les animaux, les lycéennes, les clientes de grandes surfaces,…), on parle ici de sa philosophie de vie, qui sous-tend toute l’histoire, et qui est très bien exprimée dans la terrible et puissante partie « 00 :00 », qui clôt à merveille le livre. D’ailleurs, les spécialistes ne s’y sont pas trompés : le roman de Christophe Siébert a été sélectionné en 2012 (donc la version de Rivière Blanche, mais peu importe) pour le prix Sade.

On pourrait écrire un mémoire universitaire sur Nuit Noire, mais on va s’arrêter là. C’est donc un roman très, très trash (à ce titre, sa présence dans la collection Trash était une évidence), très gore, qui comblera le lecteur venu chercher du sang, du sexe et de la merde. Et qui traumatisera le lecteur non averti. Le genre de livre que les plus tordus d’entre vous aiment à offrir à leur grand-tante bigote à Noël !


MAGIE ROUGE

C’est au tour de Philippe Ward, directeur de collection chez Rivière Blanche, qui a plus d’une accointance avec Trash, de livrer un titre pour la collection.
Après une expérience comme Nuit Noire, Magie rouge (Silence rouge, Nuit Noire, Magie rouge : on aime les couleurs chez Trash !) apparaît comme plus classique. Ward nous emmène dans une toute petite ville des Pyrénées. Le maire corrompu du bled veut faire passer un projet grâce auquel il pourrait s’en mettre plein les poches, mais lors du conseil communal, à la surprise générale, un de ses colistiers ose s’y opposer. Le roman va montrer la lutte acharnée des deux hommes pour gagner les élections imminentes. Jusque-là, ça peut paraître rébarbatif à souhait, mais heureusement, ce n’est pas le cas, car chacun des deux va utiliser, par personnes interposées, la magie (noire, enfin rouge) pour éliminer son adversaire. Les cadavres vont s’amonceler autours d’eux, pour notre grand plaisir.

Le début nous plonge bien dans la vie politique de Campagne sur Arize, avec le conseil communal à partir duquel tout bascule, les rivalités qui se mettent en place, l’explication des magouilles du maire, Pierre Alozy, et l’attitude despotique de ce dernier, qui utilise ses valets de ferme comme hommes de main pour intimider (voire plus) toute personne qui le « trahit » à ses yeux. Cette immersion dans l’esprit « petite bourgade provinciale » (surtout prégnante dans la première partie) est l’une des réussites de ce roman, à notre sens.

Pour asseoir son pouvoir, Alozy peut compter sur le soutien indéfectible de sa sœur, belle femme distinguée qui maîtrise la magie. Dans le camp adverse, le dissident Maurice Bonnel, pourtant très sceptique, se verra offrir l’aide d’un sorcier et de sa disciple. Magie contre magie, qui gagnera ?

Si l’on a trouvé que le personnage du journaliste était sous-exploité et que le duel final nous a laissé un peu sur notre faim, reste que Philippe Ward nous offre des passages de violence, de viol et de gore aptes à nous satisfaire amplement :

« […] sentit son corps se dilater, grossir démesurément tel un énorme Bibendum. Il n’eut pas le temps d’achever sa dérisoire prière qu’il explosa en une multitude de fragments de peau, d’os, de viscères et de cervelle. Les débris de ses chairs sanguinolentes et de ses habits s’éparpillèrent aux alentours pendant qu’un nuage de gouttelettes de sang se répandit sur la forme hideuse qui se régala de cette ondée. » (Pp. 65-66)

Voilà qui clôt la quatrième fournée de Trash. Prêts pour la cinquième ?

MISE À JOUR DU 10/11/2015 : MISE EN LIGNE DES CRITIQUES DE LUMPEN, SEPPUKU ET GORE STORY

LUMPEN

Nous en arrivons au Trash numéro 13. Le premier de cette cinquième salve. Il est signé Janus, auteur qui publie pour la première fois dans la collection, si nous avons bien identifié sa véritable identité. Renseignements pris, le titre énigmatique, « Lumpen », est un mot allemand qui signifie « chiffon », « haillon », « guenilles » et se retrouve dans l’expression « Lumpenproletariat », c’est-à-dire « sous-prolétariat », terme marxiste désignant une certaine population miséreuse, située sur l’échelle sociale en-dessous du prolétariat. Hé oui, grâce à Trash, on apprend des choses ! Et de paumés sociaux incontrôlables, il en sera bien question dans cette histoire !

Il s’agit en fait de deux histoires en une. On suit en parallèle le destin d’un ouvrier victime d’un licenciement collectif suite à la faillite de la grosse entreprise qui l’employait et celui d’un Black homosexuel qui tue (et viole au passage) des vieilles personnes pour leur voler leur argent et qui - élément à première vue tout à fait anodin mais en vérité absolument décisif dans sa trajectoire - a une superbe voix. Les chapitres consacrés au premier sont écrits à la deuxième personne du singulier, procédé qui donne l’impression au lecteur que le narrateur s’adresse directement à lui et qu’il est lui-même ce personnage d’ouvrier dont le monde s’écroule. Un petit côté déstabilisant, voire aliénant. Or Marx ne parlait-il pas de l’ouvrier aliéné ? Une certaine logique s’esquisse… Les chapitres dédiés au Black sont, eux, à la troisième personne. Plus classique, pourrait-on dire si on s’arrêtait là, sauf que l’écriture de ce livre recèle bien plus d’une originalité !

Dans le fond, Lumpen apparaît comme une espèce de manifeste politique illustré par le récit de ces deux destins, récit ultra trash (encore une fois, l’éditeur ne ment pas sur la marchandise, c’est bel et bien extrême), très sombre (l’illustration de couverture reflète bien toute cette noirceur) et rageur. C’est rempli de meurtres sordides (vieilles personnes, femmes, enfants, tout y passe), de viols dégueulasses, de zoophilie, de tortures et autres actes abominables.

On va voir que la destinée des deux protagonistes va suivre des courbes inversées : l’ouvrier, qui avait une situation stable au départ, situation minable, certes, avec son job qu’il avait depuis des années, va tout perdre. Quelles sont les possibilités qui s’offrent à lui ? Soit accepter le jeu des autres, de la société : faire grèves avec ses camarades, accepter le plan de réinsertion sociale,… Soit se laisser aller complètement au désespoir, ne plus rien faire, avec sans doute au bout du tunnel le suicide. Soit réagir contre l’ordre social et se laisser tenter par les idées de révolution d’un groupe de fascistes. Il exclue la première solution, va s’enfoncer dans la deuxième solution, ce qui constituera un terreau idéal pour la troisième… Ça cause donc de déréliction sociale, des impasses du capitalisme, de la tentation des extrémismes, du racisme,… Tout ça dans un petit livre gore de 150 pages ! Quant à la courbe de la destinée du Black, on part de rien – il en est réduit à s’en prendre aux personnes âgées pour piquer quelques billets afin de payer ses factures - puis il va connaître une ascension sociale fulgurante. L’un perd tout, l’autre gagne tout. Un reproche à ce sujet : on s’attendait à ce que ces deux destinées se rejoignent à la fin, mais ce ne sera pas le cas, l’auteur ne les lie pas assez. Cela donne l’impression qu’il avait envie de raconter deux histoires, n’a pas su choisir entre elles et a donc gardé toutes les deux dans son livre. On pourrait tout aussi bien dire qu’il s’est juste amusé à déjouer les attentes de son lecteur sur ce point.

Passons maintenant à la forme. Pour ce qui est de la structure, on passe d’un chapitre consacré à l’ouvrier (« tu ») à un chapitre consacré au Black (l’auteur l’appelle « le sale nègre », sans doute pour amener de manière provocante la problématique du racisme). Mais c’est surtout le style qui surprend, qui frappe. L’écriture de Janus est vraiment très particulière. Il s’affranchit de certaines règles élémentaires (ponctuation, retours à la ligne,…) pour se créer quelque chose de très personnel, d’unique. Il n’arrête pas d’aller à la ligne au beau milieu de ses phrases, il ne met pas spécialement de points à la fin de ces dernières, il se base beaucoup sur les répétitions, les énumérations,… Comme s’il scandait son texte, comme une chanson pleine de rage, comme un rap revendicateur. Petite illustration :

« Tes glaires de sang à toi dans la solitude de tes toilettes.
Morceaux de vomi.
Odeur de vomi.
Sang et mort et vide.
L’émail des WC rouge et noir.
Ta toux solitaire avec la télévision et fond sonore.
Football
Licenciements
Le yacht du dernier people
Tampons hygiéniques
Scandale financier
Tes genoux sur le sol à gerber et encore gerber
On n’en peut plus
Le visage de ta femme
Le visage de ta fille
Qui s’évanouissent
Qui disparaissent
Flous » (p. 43).

Vous avez déjà envie de vous pendre ? Attendez, là on n’est que dans le premier tiers ! Rage, désespoir, ultra violence : le pays des Bisounours paraît tout à coup si loin !

Si l’on salue la volonté d’originalité, on a cependant certaine réserves sur toutes ces « licences poétiques » dans la mesure où cela empêche, en tout cas partiellement, de prendre le même plaisir immédiat qu’on a à la lecture d’un roman gore classique. Le but ici n’est pas de faire plaisir, mais de faire mal. De taper fort.

Voilà donc un livre intéressant à analyser, tant sur le fond que sur la forme - il soulève des questions d’ordre socio-politique, éthique, stylistique, etc. - mais qui, par les moyens qu’il met en œuvre pour sortir le lecteur de sa zone de confort habituelle, risque d’en laisser certains sur le carreau. Potentiellement le plus « polémique » des Trash sortis à ce jour.


SEPPUKU

Seppuku nous dépayse en nous emmenant dans un Japon médiéval fantastique, avec son lot de samurai, de moines bouddhistes, de prêtresses et d’oni. Un beau changement de décors par rapport aux autres livres de la collection déjà sortis, qui contribue, une fois encore, à créer une sensation de variété chez le lecteur assidu de Trash. L’auteur, Romain d’Huissier est un passionné de jeux de rôles et de cinéma asiatique, ce qui se ressent forcément dans son livre. Pour les connaisseurs, quand on sait qu’il s’est notamment bien investi dans le jeu « Le Livre des Cinq Anneaux », on ne s’étonne donc pas de trouver ici pareil univers historique extrême-oriental.

On y suit le parcours d’un jeune samurai dont les compagnons se sont fait massacrer par des oni (des démons). Lui-même sur le point de mourir, il est recueilli par un vieux magicien qui fait de lui un shikabane, c’est-à-dire un mort-vivant. Sous sa nouvelle condition, il n’a plus qu’un but : la vengeance. Il va traquer sans relâche les démons responsables du carnage pour leur faire payer le prix fort et ainsi déjouer leurs plans diaboliques. Ce faisant, il va croiser le chemin d’une charmante prêtresse et les deux jeunes gens vont s’allier contre les entités maléfiques.

La structure du récit est simple, limpide : après la présentation du personnage principal et sa transformation, à chaque chapitre correspond la confrontation à un méchant différent, avec juste un petit arrêt au milieu (chapitre 5) pour donner le temps au samuraï et à la prêtresse de faire un tant soit peu connaissance, plus un ultime chapitre qui clôt l’histoire après le dernier combat. Un peu comme un jeu vidéo où, pour chaque monde, il y a un « boss » final à affronter. D’un côté, la lecture est facile et agréable, d’un autre côté, cette structure donne un côté mécanique et prévisible à l’ensemble.

L’amateur de gore a matière à étancher sa soif de sang, avec des descriptions reprenant bien les codes du splatter :

« Des cadavres innombrables jonchaient le sol à perte de vue. Plusieurs dizaines de guerriers avaient péri là, les armes à la main. Leurs armures en bois laqué étaient déchirées, laissant entrevoir d’horribles plaies d’où s’échappaient le sang et les organes. La terre, grasse et humide, s’imbibait de ces diverses humeurs – grotesque engrais dont les volutes gluantes serpentaient entre les brins d’herbe avant de s’étioler peu à peu (p. 7) ;

« Un atroce bruit de déchirure s’éleva alors que les deux moitiés de son corps se séparaient et s’abattaient chacune de leur côté. Les ligaments gluants reliant ces deux parties se rompirent alors que d’innombrables geysers de sang entraient en éruption et emplissaient l’atmosphère d’une brume carmin. Les organes du monstre se déversèrent, telles des larves qui se frayaient un chemin hors du nid en rampant les unes sur les autres » (p. 44).

À cela s’ajoute des viols de vierges avec sexe démesuré et tentacules chers aux fantasmes nippons. Que demander de plus ?

Ce détour extrême-oriental est donc plaisant, un brin trop mécanique dans son déroulement, mais offre à son lecteur ce qu’il était venu chercher dans pareil univers : samurai, katana, sang qui gicle abondamment, ninja, etc.


GORE STORY

Après Christian Vilà, c’est au tour d’un autre auteur ayant été publié dans la collection Gore de signer chez Trash : Gilles Bergal. Souvenez-vous de Cauchemar à Staten Island (déjà évoqué dans ce dossier) et de Camping sauvage. Il était déjà revenu à l’horreur dans les années 2000 avec Amok et La Nuit des hommes-loups, tous deux chez Rivière Blanche, poursuivant ce qu’il avait commencé chez Fleuve Noir. On le retrouve maintenant avec plaisir chez Trash avec un titre sans équivoque. Ce sera en effet une histoire gore. Et au sein de cette histoire, il y aura des histoires gore. Des livres dans le livre. Car ça parle d’un écrivain, Fabien Chevriez, qui vient présenter son nouveau bouquin, ultime opus de sa série horrifique à succès, à un salon dédié au genre. L’homme va se retrouver malgré lui mêlé à une série de meurtres inspirés de passages de ses propres écrits. Est-ce l’œuvre d’un fan déséquilibré furieux que l’auteur ait « tué » son personnage fétiche à la fin de son roman ? Est-ce l’homme de lettre lui-même ? Est-ce un ennemi à lui soucieux de lui mettre ces assassinats sur le dos ?

Bergal s’amuse donc à décrire le monde de la littérature de l’intérieur. On compte par exemple un passage chez l’éditeur, dont le nom est Shark (Requin… Cela se passe de commentaire !), les inévitables séances de dédicaces où l’auteur rencontre ses fans, la relation entre Chevriez et sa belle attachée de presse, les rivalités mesquines entre collègues,… Certaines situations sentent le vécu. Bergal en profite pour régler certains comptes. Quant aux lecteurs familiers des conventions, festivals et autres salons, ils s’y croiraient, avec ces « “Journées de sang”, un salon dédié au fantastique et l’horreur, avec une projection vidéo qui faisait la part belle aux grands classiques du genre, et prenait soin de toujours ajouter quelques trouvailles réjouissantes issues du cinéma B -voire Z- de pays exotiques comme le Mexique ou la Corée » (p. 15).

Le roman commence in media res, en pleine action, avec une décapitation dès la première phrase. Qui dit mieux ? Alors que nous ne sommes même pas encore arrivés au premier chapitre, le mot « fin » tombe déjà. Bergal déstabilise son lecteur avant même qu’il n’entame les « choses sérieuses ». Histoire dans l’histoire, disions-nous… Une aventure complète de Bloody Mary comme prochaine parution Trash, ce serait envisageable ? Cela pourrait être sympa.

Si les meurtres sont sanglants, leur effet est contrebalancé par un ton léger avec un humour « bon enfant ». Un petit exemple de cet humour ? « On commence par se mutiler, puis c’est l’escalade : on finit par tuer quelqu’un et un jour on vole un œuf » (p. 57). Gore Story fait ainsi figure de récréation entre deux Trash extrêmes (cf Murderprod, Nuit Noire, Lumpen). Une respiration entre deux plongées dans la noirceur abyssale.

Un dernier mot pour évoquer la dédicace qui se trouve en page 4. C’est là qu’on mesure toute l’importance du livre de David Didelot sur la collection Gore. C’est là qu’on met un genou à terre et qu’on dit, la voix chargée d’émotion : « Merci, David. Vois comme tu inspires à ton tour ceux qui t’ont inspirés ! ». C’est beau. On n’oublie pas de remercier aussi la Trash team.

MISE À JOUR DU 13/09/2016 : MISE EN LIGNE DES CRITIQUES DE PLEINE LUNE, GRETA ET BAYOU

PLEINE LUNE

Pour entamer cette sixième salve, nous faisons la connaissance avec l’univers et le style d’un nouveau venu chez TRASH : Yno. Le titre de son livre laisse à penser qu’il s’agit d’une histoire de loup-garou, mais est-ce vraiment le cas ?

Une famille, composée d’une mère quadra, de la fille étudiante en psychologie, de son petit copain et du fiston pré-pubère, vient se perdre dans les Pyrénées, à la recherche du mari/père mystérieusement disparu. Une piste suggérée par un vieil historien local, qui passe pour excentrique car il n’hésite pas à évoquer avec conviction des légendes du cru où il est question de lycanthropie, les amène à une petite propriété isolée, sise aux abords d’une forêt. Une fois là-bas, les choses ne traînent pas : une attaque de loups les oblige à se retrancher dans la bâtisse, en compagnie des habitants. Mais ils vont découvrir que ces habitants n’ont absolument rien à envier aux rednecks dégénérés des films d’horreur américains… C’est ce qui s’appelle être pris entre deux feux !

Ce livre se lit avec le même plaisir qu’on éprouve à regarder une bonne série B d’horreur. C’en est l’exact équivalent littéraire. L’auteur mise avant tout sur l’efficacité. Ça démarre rapidement et le tout est bien rythmé. L’action est privilégiée et le suspense est au rendez-vous. Yno n’épargne pas ses personnages, et la première mort qui intervient, on la reçoit, interdit, comme un uppercut en pleine face. Personne n’est à l’abri, le danger est partout, et le pire n’est pas celui qu’on croit… En plus de moments stressants, le gore est aussi présent :

« […] ses yeux crevés sous le tranchant des crocs explosent comme des cloques gorgées d’eau maligne ; sa peau lardée de coups de griffes acérées se détend, élastique, puis s’arrache en lambeaux ; ses quelques vêtements craquent aussi rapidement que ses muscles ; ses cuisses entamées par une fureur carnassière dévoilent des os fumants de chaleur dans le froid hivernal » (pp. 111-112).

Quand Massacre à la tronçonneuse rencontre Le Territoire des loups, forcément, ça fait des dégâts !

En bout de chemin, même s’il y a une certaine frustration de ne pas avoir croisé ce qu’on imaginait, une petite surprise nous attend, renforçant l’idée d’être confronté à une famille vraiment dégénérée…

GRETA

Après Nelly Chadour, voici l’arrivée d’une autre auteure au sein de la collection. Catherine Robert est belge, et les bouquins, ça la connaît, car en plus d’en écrire, elle vend ceux des autres !

Elle a eu l’excellente idée de proposer un récit s’inscrivant dans la tradition des Women In Prison (WIP) au sein de la collection qui nous occupe. L’illustration de couverture et le titre, qui reprend le nom du personnage principal, sont très clairement des hommages à ce genre bien particulier et, plus précisément, au film de Jess Franco « Greta, la tortionnaire » (alias « Ilsa, Ultime perversion » ou encore « Le Pénitencier des femmes perverses »). En quatrième de couverture, la publicité pour le livre « Jess Franco ou les prospérités du Bis » d’Alain Petit, paru chez Artus Films, très à-propos, enfonce le clou. Cependant, l’auteure avoue elle-même que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, elle n’est guère familière du genre, et c’est peut-être ça qui fait que son histoire n’est pas qu’un simple décalque de ce qu’on a déjà vu ou lu précédemment dans le style. Motivée avant tout par la volonté de décrire la progressive destruction psychologique de son protagoniste, elle nous livre un récit qui rencontre parfaitement les attentes des amateurs de cinéma et de littérature d’exploitation tout en transcendant ce cadre.

Greta conte l’histoire d’une mère de famille dans le besoin qui accepte de travailler pour un mystérieux employeur. Le job – gardienne de prison – présente des avantages, comme le logement et les charges offerts, mais certaines clauses (comme l’impossibilité de retour en arrière) et ce qu’il implique de faire vont lui faire regretter d’avoir signé ce contrat, qui se révèlera être un aller simple pour l’enfer. Surtout quand ses nerfs la trahiront et qu’elle passera de gardienne à prisonnière…

C’est déjà un bon point en soit d’avoir fait en sorte que le personnage se retrouve successivement dans les deux positions opposées au sein de l’établissement pénitentiaire. Pour son cheminement psychologique, et parce qu’on redoute pour Greta un danger supplémentaire par rapport aux autres détenu(e)s : l’éventuelle vengeance d’une de ses ex-prisonnières. Même si cela fait partiellement partie des règles du genre, on ne peut qu’être impressionné par le systématisme avec lequel Catherine s’acharne sur son personnage pour l’anéantir tant physiquement que psychologiquement. Un acharnement sadien, serait-on tenté de dire. Une riche élite qui se divertit du spectacle de la progressive déchéance morale de pauvres personnes, un grand lieu clos d’où on ne sait pas s’échapper, où les règles de la société « normale » n’ont plus cours, lieu entièrement régi par des règles arbitraires édictées par les plus forts, humiliations, tortures et sévices sexuels à gogo, … Toute proportion gardée, on sent des effluves des 120 Journées de Sodome. Sauf qu’ici, ceux qui tirent les ficelles n’ont pas de visage, dans le sens où ils restent dans l’ombre. Ils ne s’incarnent qu’au travers de sous-fifres (par exemple, celui qui fait signer le contrat à Greta au début), d’ordres secs semblant émaner de nulle part et, d’une certaine manière, des conséquences bien concrètes de leurs règles révoltantes. On est ainsi face à une Autorité abstraite, inatteignable et qui a connaissance de tout mouvement grâce à un système de vidéosurveillance. Ce microcosme d’État totalitaire fait penser à certains grands classiques de la science-fiction. Les repères temporels s’estompent. Quant à la spatialité, on a une prison sise au milieu d’un désert, prison aux dimensions monstrueuses, faite d’un enchaînement de couloirs et de pièces qui paraît sans fin :

« Un énorme bloc de béton, presque aveugle, une tumeur posée au milieu du désert, sans vitres, sans fioritures, à peine y voit-on quatre portes espacées sur toute la longueur. Le centre de détention est immense et bouche presque l’horizon » (p.10) ;
« Pour la première fois depuis son arrivée dans la prison, Greta emprunte des escaliers. Ceux-ci s’enfoncent en tournant dans les profondeurs, donnant l’impression de les rapprocher d’un enfer créé par une imagination paranoïaque » (p. 82) ;
« Les détenues longent l’habituel couloir, puis bifurquent dans un nouveau, remontent des escaliers, empruntent un nouveau corridor jusque-là inconnu. Combien de recoins encore à découvrir ? Cette prison a-t-elle une fin ? » (pp. 125-126).

En poussant un peu, on a la fugace impression de se retrouver dans un lieu kafkaïen, comme dans Le Château ou Aminadab.

Catherine Robert a écrit un WIP (précisons tout de même que la prison est mixte, mais c’est sur le sort des femmes, en particulier de Greta, que se focalise le récit) jusqu’au-boutiste, contenant des tortures nombreuses et variées, présentées avec un sens de la gradation certain, qui devrait d’autant plus faire plaisir aux fans du genre que ce dernier n’est plus à la mode maintenant, cette contribution étant donc particulièrement précieuse.

BAYOU

Avec Bayou, nous retrouvons Zaroff, l’auteur de Night Stalker (TRASH n° 6). L’histoire est toujours située aux USA, mais après la Californie, place à la Louisiane.

Burt, un policier de La Nouvelle Orléans, est envoyé à Crooked Bayou, bled isolé cerné par les marais, afin d’y remplacer le shérif local qui a été retrouvé assassiné. Il va se rendre compte qu’il s’y trame de sales choses…

Zaroff nous plonge dans un univers décadent qui sent le sperme, le sang et les émanations putrides des marais. Dans cette atmosphère poisseuse, se côtoient magie vaudou, Ku Klux Klan et pratiques sexuelles déviantes allant de l’inceste à la zoophilie. Avec sa galerie de personnages truculents, comme la peu farouche adjointe du shérif, Milly « Handjob » Jammes, un cul-de-jatte chasseur de crocodiles, une prêtresse vaudou aveugle, un nain Black aimant copuler avec sa maman, un braconnier enculeur de ratons laveurs,… On sent que la haine raciale, qui y est vive, est comme une poudrière sur le point de tout faire exploser. Le bayou est un excellent choix de décor pour servir de toile de fond à ces passions exacerbées, à ces antagonismes, à ces mystères. Isolé de la civilisation, l’endroit constitue une planque idéale pour tous ceux qui ont quelque chose à se reprocher, pour les dégénérés de toutes sortes. C’est crasseux, moite, dangereux. Le bayou avale les âmes…

Le début est archétypal du récit d’aventure : un héros solitaire survole un paysage « hostile » à bord d’un vieux coucou en bout de vie piloté par un baroudeur pas très net. La suite sera, on l’aura compris, beaucoup plus trash qu’une classique histoire d’aventure. Le métier du personnage principal laisse à penser qu’on aura une dimension « enquête », donc policière, importante. Or, c’est là qu’intervient une certaine frustration : l’enquête espérée ne démarre jamais vraiment de manière systématique ; le nouveau shérif a trop de longueurs de retard. Par ailleurs, quelques rebondissements/révélations nous ont un peu déçu. Ce qui fait qu’entre les deux Zaroff, on a une légère préférence pour Night Stalker. Ceci dit, Bayou possède plus d’un atout pour séduire l’amateur du genre, entre son décor principal, ses personnages et ses moments trash d’anthologie (dont l’enculage ritualisé de raton laveur, décrit minutieusement…).

Pour terminer sur une note définitivement rouge sang, on ne résiste pas à l’envie de partager la belle vision gore suivante :
« En entrant dans la chambre, Hawkins eut la nausée. Du sol au plafond, la pièce était baignée de sang et une chose difforme allongée en tas sur le lit ressemblait à une termitière putride. Le flic se recula et vomit sur la moquette. Il n’avait jamais rien vu d’aussi horrible durant sa longue carrière à la Criminelle de New Orléans. Ce qui ressemblait à un corps avait été tailladé à la machette et celle-ci était plantée sur l’amas de chairs sanguinolentes, comme un vestige d’Excalibur » (p. 133).

MISE À JOUR DU 12/06/2017 : MISE EN LIGNE DES CRITIQUES DE CARNAGE ET PARANOÏA

CARNAGE

Cette nouvelle salve marque un ralentissement dans le rythme de parution des TRASH : désormais, ils ne sortent plus que deux par deux, au lieu de trois par trois, et cela, selon une périodicité qui reste encore à déterminer. On croise très fort les doigts – à s’en faire péter les jointures – pour que ce ne soit pas le début de la fin !

Avec Carnage, on retrouve l’univers des survivals de série B, comme on l’avait déjà croisé dans Pleine lune. Les deux livres ont en commun l’idée d’une maison perdue au milieu des bois et la traque des proies humaines par des tarés. Ici, ce n’est plus une famille mais un couple de lesbiennes qui est confronté à l’Abominable. Deux jeunes femmes, Clotilde et Vanessa, s’offrent en cadeau de mariage une ancienne ferme isolée dans les forêts ardennaises. Elles l’ont obtenue pour une bouchée de pain, ayant joué de leur charme avec efficacité auprès de l’agent immobilier avec qui elles traitaient. Venues prendre possession de leur nouvelle maison, elles ne tardent pas à voir débarquer l’agent en question, qui leur rend une petite visite avec une idée derrière la tête. Elles l’allument tant et si bien qu’il… fait une crise cardiaque ! De malchance en décisions discutables, elles se retrouvent avec plus d’un cadavre sur les bras… Et ce n’est que le début des ennuis ! Séquestrées, violées, prises en chasse comme du vulgaire gibier, elles vont vraiment connaître l’enfer.

L’auteur prend un malin plaisir à s’attarder sur les détails les plus immondes dans ses descriptions des antagonistes, de sorte qu’il parvient à rendre ceux-ci encore plus horribles que ce que le genre nous avait habitué. Surtout pour le dernier dégénéré que les filles croiseront, plus animal qu’humain. Un summum en termes d’abomination ! Quant aux différents sévices perpétrés… Il y a de la zoophilie, des animaux qui dévorent des humains vivants, du dépeçage en bonne et due forme,… Et mentionnons le « détail qui tue » : l’une des deux filles n’a pas d’autres choix que de fuir avec le sexe coupé de son violeur coincé dans son vagin. « Détail » révélateur de la volonté d’outrance scabreuse de l’auteur.

Petit extrait choisi :

« L’animal releva une nouvelle fois le groin pour fouiller plus avant dans le ventre béant. Il fouissait à l’intérieur comme il l’aurait fait dans la terre à la recherche de racines, maculant son pelage de traces de sang. La panse de l’homme dégueula un flot d’intestins fumants et nauséabonds sur lequel le porc se rua avec délectation, en fin connaisseur » (p. 138).

Sur le fond, si l’idée de proposer un roman gore où les deux personnages principaux sont des homosexuelles nouvellement mariées est sympa, on aurait pu souhaiter que certains points liés à ce choix fussent traités avec davantage de subtilité, comme le désir masculin, ici systématiquement stigmatisé.

Sur la forme, Carnage se lit très rapidement, avec une écriture simple et un rythme haletant, ainsi qu’un second degré présent notamment via le choix des titres des chapitres (exemples : « Trancher dans le vif, c’est ça, le secret des grands chefs », « Faire et refaire, c’est toujours travailler », « Du bon usage du mobilier et autres conseils de décoration »). Lecture facile, touches d’humour et excès crapoteux caractérisent donc Carnage.

PARANOÏA

Et de vingt ! C’est déjà un joli cap que passe la collection, soulignons-le. Mais il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin ! On en veut encore et encore ! Pour ce vingtième TRASH, on retrouve Christophe Siébert, l’auteur de Nuit Noire. Comme pour ce dernier, Christophe avait d’abord dévoilé son histoire sur les forums, sous forme de petits épisodes qu’il postait tous les X jours. Cela s’appelait alors Métaphysique de la viande, titre qu’on retrouve maintenant en sous-titre (voir la deuxième de couverture). Et il est vrai que ce récit méritait bien d’être édité sous forme de livre chez TRASH !

Dès le bref prologue, en neuf petites lignes, Christophe annonce tout le programme de son livre : une suite de drames, d’actes violents, où se côtoient le cosmique (la comète) et le détail à première vue totalement insignifiant (la guêpe), l’infiniment grand et le tout petit… Ce prologue semble bien annoncer la fin, reste donc a priori à savoir comment et pourquoi les choses en sont arrivées là. Par la suite, un des personnages sera témoin d’une scène dantesque (une grosse centaine de cadavres dans un sale état jonchant toute une plage) qui implique quelque chose d’énorme. Au milieu de toutes ces histoires, reviennent de manière obsessionnelle ces petites notations concernant des insectes et autres bestioles qui semblent hors propos. Mais quel est le rapport avec le reste ? Y en a-t-il seulement un ? L’auteur entretient le mystère jusqu’à la fin.

L’univers de Siébert est un univers plus noir que noir. Il n’y a pas d’espoir, pas de salut. Tous ses personnages sont des paumés de la vie à qui il arrive tous les malheurs du monde et/ou qui font subir les pires atrocités aux autres. Tout n’est que déchéance et souffrance. Le quotidien, c’est l’alcool, la drogue, la prostitution, les braquages, la violence, le viol, le meurtre, etc. Bref, une accumulation sans fin des pires trucs qui puissent arriver. C’est tout l’inverse d’un « feel-good book », en somme. Quand on en sort, on se sent sale, vraiment crasseux, avec un goût amer en bouche. Encore un peu et on se tirerait une balle… L’écriture froide, mécanique, se refusant tout effet de style et toute psychologie – la narration extradiégétique des première et deuxième parties pourrait induire un narrateur extérieur omniscient qui connaîtrait les moindres états d’âme de tous les personnages et ne se priverait pas de nous les communiquer, mais ce n’est pas du tout le cas ici ; au mieux, il émet un bref commentaire formulé sur le mode de l’hypothèse, pour bien montrer qu’il n’a pas accès à la vérité profonde du personnage, comme par exemple « On peut imaginer que c’est à cause de… », « Peut-être se demandait-il… » (p. 52), « Elle semblait » (p.18)… – renforce cette impression. Une écriture factuelle, déshumanisée, qui prend par moments une dimension hallucinée (cf. les expériences mystico-zoophiles de Népès). Vu le contexte de réalisme crade, les aspects les plus extravagants de l’histoire décontenancent : on ne sait pas trop si on doit les prendre pour des délires (et les mettre en relation avec le titre, Paranoïa) ou pour la réalité. Un certain flou qui donne une aura étrange au livre.

Tant qu’on est à parler de flou, il faut quand même dire qu’on a parfois un peu du mal à s’y retrouver entre les différents personnages. Il faut de temps en temps revenir en arrière, notamment relire le prologue, pour resituer qui est qui. Au chapitre des petits reproches, rajoutons que Christophe semble fâché avec les virgules. Rassurez-vous, il y en a quand même, mais il en manque clairement à certains endroits de certaines phrases, pour la respiration de celles-ci. On chipote ?

Toujours est-il que ceux qui ont aimé Nuit Noire et souhaitent se replonger dans pareil univers d’extrême noirceur décadente trouveront leur bonheur avec Paranoïa.

Après la longue pause que nous connaissons actuellement, espérons que TRASH redémarre bientôt de plus belle !


Dernière édition par Sangore le Lun 12 Juin - 21:09 (2017); édité 7 fois
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MessagePosté le: Lun 10 Mar - 22:02 (2014)    Sujet du message: Publicité

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Goremania
Modérateur


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MessagePosté le: Mer 12 Mar - 08:06 (2014)    Sujet du message: Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques Répondre en citant

Du bon boulot Sangore, interview super intéressante et tes critiques donnent sacrément envies ! Va falloir se procurer ça de toute urgence Very Happy

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Sangore
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MessagePosté le: Mer 12 Mar - 18:10 (2014)    Sujet du message: Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques Répondre en citant

Merci !

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Zaroff



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MessagePosté le: Mer 12 Mar - 21:02 (2014)    Sujet du message: Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques Répondre en citant

Un grand merci pour les chroniques. Je suis donc l'auteur de Night Stalker. Bon Scott, le chanteur charismatique d'ACDC me berce depuis ma plus tendre enfance. Je regrette vraiment de n'être pas passé plus souvent sur votre forum car le temps me manque.
Mes influences se tournent vers les paumés américains où l'horreur semble vraisemblable à tous les points de vue. Mes films : Survivance, Rambo 1, Delivrance, Southern Comfort. J'ai un autre projet de roman où l'intrigue se déroule dans le Bayou sous fond de Ku Klux Klan et de vaudou.
J'aime les décors poisseux, les hommes crasseux et les mentalités pernicieuses. Je ne me lasse jamais de lire et relire les oeuvres de Nécrorian à qui je voue un culte infini. Idem pour Shaun Hutson ou encore Jack Ketchum.
Merci les gars.


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Sangore
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MessagePosté le: Dim 16 Mar - 17:16 (2014)    Sujet du message: Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques Répondre en citant

Zaroff a écrit:
Un grand merci pour les chroniques.

De rien ! Ce fut un plaisir !

Zaroff a écrit:
Mes influences se tournent vers les paumés américains où l'horreur semble vraisemblable à tous les points de vue. Mes films : Survivance, Rambo 1, Delivrance, Southern Comfort. J'ai un autre projet de roman où l'intrigue se déroule dans le Bayou sous fond de Ku Klux Klan et de vaudou.
J'aime les décors poisseux, les hommes crasseux et les mentalités pernicieuses.

Je te comprends, cela forme une toile de fond idéale pour des histoires trash !

Tiens-nous au courant quand tu auras concrétisé ce nouveau projet de roman ! Smile


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Sangore
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MessagePosté le: Mar 7 Oct - 19:48 (2014)    Sujet du message: Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques Répondre en citant

Mise à jour du dossier (voir premier post) !

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Sangore
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MessagePosté le: Ven 1 Mai - 14:16 (2015)    Sujet du message: Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques Répondre en citant

Mise à jour, avec ajout des critiques de Charogne Tango, Nuit Noire et Magie rouge.

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Schweinhund
Modérateur


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MessagePosté le: Dim 3 Mai - 22:59 (2015)    Sujet du message: Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques Répondre en citant

Voilà qui me donne - enfin - l'occasion de t'adresser nos sincères félicitations pour ce fastueux dossier, et plus particulièrement pour cette superbe série de chroniques.

Au nom de TRASH, un grand merci pour ton soutien et pour cette présentation de notre collection. Cette page sur Ultragore est devenue grâce à toi une référence incontournable.
_________________
"Artikel Unbekannt / Schweinhund est l'un des rares écrivains actuels que l'on peut lire à la fois pour la pertinence du fond ET de la forme."
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Sangore
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MessagePosté le: Lun 4 Mai - 20:39 (2015)    Sujet du message: Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques Répondre en citant

C'est moi qui vous remercie pour ces heures de plaisir !

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Zaroff



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MessagePosté le: Ven 8 Mai - 20:23 (2015)    Sujet du message: Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques Répondre en citant

Sangore a écrit:

Zaroff a écrit:

Un grand merci pour les chroniques.


De rien ! Ce fut un plaisir !

Zaroff a écrit:


Mes influences se tournent vers les paumés américains où l'horreur semble vraisemblable à tous les points de vue. Mes films : Survivance, Rambo 1, Delivrance, Southern Comfort. J'ai un autre projet de roman où l'intrigue se déroule dans le Bayou sous fond de Ku Klux Klan et de vaudou.
J'aime les décors poisseux, les hommes crasseux et les mentalités pernicieuses.


Je te comprends, cela forme une toile de fond idéale pour des histoires trash !

Tiens-nous au courant quand tu auras concrétisé ce nouveau projet de roman ! Smile


Mon petit doigt me dit que c'est en bonne voie ! ;)


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CAMIF



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MessagePosté le: Mer 13 Mai - 10:18 (2015)    Sujet du message: Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques Répondre en citant

Au fait. Je vous annonce que je vais faire des chroniques de quelques Trash pour le site Horreur.com.


Ca viendra quand ça viendra, mais c'est en route.  Okay


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konsstrukt



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Messages: 57

MessagePosté le: Mer 13 Mai - 10:50 (2015)    Sujet du message: Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques Répondre en citant

et à mon tour de faire péter les remerciements pour cette fort belle critique de nuit noire - qui, en plus, si je ne m'abuse, est la troisième publiée sur ce forum, quelle fidélité !

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Zaroff



Inscrit le: 02 Juin 2013
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Localisation: Mouth of Gore

MessagePosté le: Sam 24 Oct - 21:46 (2015)    Sujet du message: Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques Répondre en citant

Sangore a écrit:
Mes influences se tournent vers les paumés américains où l'horreur semble vraisemblable à tous les points de vue. Mes films : Survivance, Rambo 1, Delivrance, Southern Comfort. J'ai un autre projet de roman où l'intrigue se déroule dans le Bayou sous fond de Ku Klux Klan et de vaudou.
Zaroff a écrit:

J'aime les décors poisseux, les hommes crasseux et les mentalités pernicieuses.

Je te comprends, cela forme une toile de fond idéale pour des histoires trash !

Tiens-nous au courant quand tu auras concrétisé ce nouveau projet de roman ! Smile
Coucou, c'est Zaroff. Je confirme donc la parution de BAYOU qui sortira chez TRASH en novembre. Le teaser : "Le bayou dévore tout. Les corps et les âmes. Sacrifices vaudous, braconnage zoophile et crimes racistes sont monnaie courante dans cet enfer végétal. On y lynche même des shérifs. Qui détient la vérité ? La prêtresse aux seins lourds, le KKK ou ce gnome au regard étrange ?"

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Sangore
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MessagePosté le: Mar 10 Nov - 13:25 (2015)    Sujet du message: Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques Répondre en citant

Very Happy

Ajout de Lumpen, Seppuku et Gore Story (voir 1er post).


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Schweinhund
Modérateur


Inscrit le: 16 Déc 2014
Messages: 130
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MessagePosté le: Mer 11 Nov - 17:08 (2015)    Sujet du message: Dossier spécial TRASH ÉDITIONS : interview + critiques Répondre en citant

Et encore un triptyque de haute volée. Merci beaucoup, Sangore, vraiment. C'est toujours un régal de te lire.
Je constate que le roman de notre Janus t'a favorablement impressionné, et j'en suis ravi. Mais comme tu émets un léger bémol à son sujet - ce qui est bien sûr ton droit le plus strict - je voulais juste te dire que la nouvelle d'Adolf Marx figurant au sommaire de Dimension TRASH viendra répondre directement aux points suivants :

"on s’attendait à ce que ces deux destinées se rejoignent à la fin, mais ce ne sera pas le cas, l’auteur ne les lie pas assez. Cela donne l’impression qu’il avait envie de raconter deux histoires, n’a pas su choisir entre elles et a donc gardé toutes les deux dans son livre."

(Ou quand TRASH dialogue avec ses fidèles lecteurs en mélangeant épisodes et épilogue. Mais je n'en dis pas plus... Smile )
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